Nocturne // Reportage : Weather Festival 2015

2 Posted by - 23 juillet 2015 - Nocturne

Rappelez-vous, la deuxième édition du Weather Festival (au Bourget) avait laissé des milliers de mélomanes orphelins. Cette année, c’est au cœur du bois de Vincennes qu’ils étaient attendus (cette fois 50 000 personnes) sur une surface nouvelle mais gardant toujours le même concept (quatre scènes orientées, quatre saisons). Retour sur notre désormais rendez-vous phare de l’année, ni plus ni moins.

Comme chaque année depuis trois ans maintenant, arriver au Weather Festival c’est à la fois ressentir une adrénaline intérieure et une tension extérieure palpable le long du chemin séparant la station de métro à l’entrée du festival. À Vincennes, des hordes de jeunes ont investi les rues de ce quartier résidentiel sans histoire, tous en direction du bois. Le chemin est long et sombre, on se fait des compagnons de marche, c’est ça « l’esprit festival ». Des bénévoles courageux sont postés par-ci par-là pour nous indiquer la bonne direction. Puis les basslines se font sentir avec plus d’intensité, le chemin s’éclaire d’une lumière crue et on se retrouve à l’entrée des lieux. Soulignons-le : les membres de l’équipe chargée d’accueillir les festivaliers sont souriants, ultra accueillants et valident nos invitations dans une bonne humeur totale. Ce positivisme, trop souvent rare, nous a suffisamment marqué pour qu’on le retransmette ici.

Le cœur du festival, c’est une vaste surface verte de 100 000 m2 avec des lumières stroboscopiques, des ballons dans le ciel et différents chapiteaux avec chacun leur fonction (bar, snack, divertissements)… donnant au bois de Vincennes des allures d’invasion extraterrestre vu du ciel. Comme pour l’année dernière au Bourget, le choix d’un espace à perte de vue nous apparaît à la fois agréable et stratégique : si écouter des sonorités électroniques en plein air au mois de juin relève d’une évasion bucolique et d’une liberté de mouvement recherchés en chacun de nous, le choix d’une telle surface par les organisateurs est parfaitement bien pensé puisqu’il permet une fluidification naturelle des flux. Ainsi, nous n’avons personnellement jamais fait la queue plus de quatre minutes au bar, et les queues des toilettes et des stands de tokens étaient également rapides.

Évoqué plus haut, un énorme chapiteau regorgeait de surprises : le village Weather. Multiples stands, barbes à papa gratuites, photomatons, maquillages, blinds tests, possibilité de mixer aux platines… l’ambiance au sein du village était survolté et donnait au festival des airs de fête populaire.

© Jacob Khrist

© Jacob Khrist

© Jacob Khrist

© Jacob Khrist

Concernant la programmation, la soirée d’ouverture n’avait rien à envier aux précédentes éditions avec la venue de grosses pointures d’horizons particulièrement opposés : Omar Souleyman et Derrick May. Si le premier, malgré la courte durée de son concert, a bien fait remuer des épaules, c’est de toute évidence l’éblouissante performance du second, accompagné de Dzijan Emin, son orchestre symphonique et de l’excellent Francesco Tristano au piano, qui nous a transportée. Musique électronique et musique classique ont fusionné le temps d’un set de deux heures orchestré par le géniteur de la techno « made in Détroit ». Triste sort pour ceux qui n’avaient pas pris le temps de se renseigner et qui, apparemment déçus (!) et ne s’attendant pas à voir sur scène une telle formation, ont fait le choix de quitter la foule en plein show. Merci à vous de nous avoir libéré la place nécessaire pour profiter d’un tel moment. Parce qu’au delà du projet atypique qu’était ce concert, les trois chefs d’orchestre nous avaient concocté là une expérience sensorielle hors du commun. De par l’alchimie qui régnait entre Derrick May et les soixante musiciens de l’orchestre Lamoureux, la magie des visuels projetés sur scène et la nuit qui tombait, on a vu se mettre en place devant nos yeux le tableau d’un concert exceptionnel qui nous a scotché jusqu’à sa clôture sur l’hymne à la joie « Strings of the Strings of Life ». À redécouvrir ici.

Contrairement à son nom, c’est bien en scène Hiver où l’on venait se réchauffer vendredi et samedi au fur et à mesure que les températures chutaient dans la nuit, le spot ayant réuni en deux jours Antigone, Abdullah Rashim Len Faki, François X, The Driver (Manu le Malin), Collabs 3000 et d’autres, pour des sets de techno frontale (voire de hardtechno avec Adventice !) et sans prétention. On retiendra de la scène Hiver le passage samedi soir du résident du Berghain, Marcel Dettmann, à cause de qui nous avons dû bazardé tout le reste du festival pendant trois heures tant son set survolté relevait du véritable tour de force.

En Automne, si Ben Klock, Josh Wink et le b2b DVS1 et Rodhad ont convaincu tout le monde, Ricardo Villalobos semble (comme l’année dernière) avoir déçu la foule si on en croit les commentaires sur l’event Facebook les jours suivants. À la rédaction, nous n’avons personnellement pas été déçus par le set de Ricardo et avons appréciés ses mélodies recherchées et minimalistes, mais qui devaient peut être laisser de marbre une partie du public adepte de consommation rapide et se contentant d’habitude de boom boom.

Le Weather proposait vendredi soir une scène ambiant, puis le lendemain une scène modulaire d’où émanait une musique un peu lente, puissante, principalement constituée de basses et dont nous avons pu nous délecter devant le live de Steevio & Suzybee. Pas nouveau, le Camion Bazar était la belle surprise du festival : on reprend la même camionnette bariolée toute droit sortie d’une fête foraine, les mêmes déguisements, le même public de fous furieux, la même musique disco/house… pour donner cette bulle de folie et de bonne humeur communicative à l’écart des tribulations des autres scènes.

Cette troisième édition du Weather Festival avait pour dur challenge de faire aussi bien que la seconde. Défi relevé : la crème de la crème de la musique électronique nous a été servi sur un plateau d’argent, l’organisation était fluide et le temps et le lieu propices à toutes les rêveries (même si les fusées et les avions de chasse du Bourget nous ont – un tout petit peu – manqué). Léger bémol : le festival a du subir une baisse de l’intensité du son suite aux plaintes des communes voisines. Laissons-leur un an pour s’en remettre… en attendant la prochaine !

 

Valentin Étancelin & KK – 22/06/2014

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