Nocturne // Reportage : Weather Festival 2014

3 Posted by - 22 juillet 2014 - Nocturne

Après une première édition à la fois décevante mais pleine de promesses pour la suite, le Weather Festival revenait en juin pour un round 2. Un line up prestigieux, des lieux inédits et inexploités jusqu’alors, une organisation calibrée au millimètre… Hey, Jack ! avait pris rendez-vous et n’a pas été déçu. Retour sur l’une des plus grosses teufs de l’année en France.

Le Weather Festival 2014 s’inaugurait le vendredi 6 juin à l’Institut du Monde Arabe, en plein cœur de Paris, pour des live d’Underground Resistance, Mount Kimbie ou The Moritz Von Oswald Trio, comme pour nous montrer que l’esprit Weather c’est aussi ça : l’amour de la musique électronique, avec de vrais musiciens, de vrais instruments, et un public de mélomanes. À notre arrivée sur les lieux, le soleil est toujours bien présent et nous chuchote que la chaleur sera au rendez-vous ce soir. Installée en plein air, entre l’IMA et l’Orient Express, la scène et ses faux airs modestes semblent proposer une atmosphère plus intimiste pour les quatre lives attendus de cette première nuit. Une ambiance de début de soirée calme et attentive aux premier set s’ouvre avec la trappe de Rouge Mécanique. Une heure plus tard, Mount Kimbie enchaîne. Timide mais sans surprises, le duo offre un live honnête et agréable qui semble avoir conquis l’esprit des festivaliers de l’IMA. Vient le tour du troisième live, Moritz Von Oswald Trio. Connus pour être des prodiges de la dub, leur live n’a malheureusement pas récolté l’unanimité totale. Hésitant et déséquilibré, il a manqué de puissance et de cohérence. Peu importe. À peine le temps de s’en remettre qu’Underground Resistance arrive en grandes trombes et nous pond le meilleur live de la soirée. Tout droit venus de Detroit et accompagnés de leurs musiciens, UR nous présente projet Time Line à un public conquis par ce live empli de chaleur et de bonne humeur effervescente. Underground Resistance conclut la soirée et permet donc à ce premier rendez-vous du Weather de marquer les esprits. L’ambiance était légère, le lieu unique, et les esprits désormais suffisamment chauds pour ce weekend qui commence sur les chapeaux de roues.

Samedi 7 juin. Le grand soir. Quatre scènes ont été installées dans l’immense espace du Parc des Expositions du Bourget : une scène printemps, une scène été (deux outdoor), une scène automne, une scène hiver (deux indoor). Notre team Hey, Jack ! arrive sur place sur les coups de 20h, et alors que quelques minutes auparavant nous marchions paisiblement dans les rues d’un petit quartier résidentiel du 93, nous voilà tout d’un coup projetés au sein d’un immense espace à perte de vue. Au loin, des avions de ligne, des avions de chasse, des fusées (ouais) et un gros Air Force One (et ouais). Pas bien loi, les technophiles battent le bitume, transportés par la musique. Irréel. De nombreux stands pour recharger les batteries sont éparpillés ici et là sur la piste (de danse ? d’atterrissage ? peu importe) et à l’intérieur une immense fontaine avec plusieurs points d’eau potable se tient devant des toilettes à la file d’attente inexistante.

Direction la scène printemps pour un set de Ricardo sur un début de couché de soleil. Le prodige chilien était en bonne forme, commandant avec enthousiasme, finesse et subtilité, une foule compacte d’aficionados dont certains étaient essentiellement venus pour lui. La bonne humeur fut communicative et donna clairement le ton de la nuit qui s’ouvrait. S’ensuivirent Sonja Moonear et Cabanne pour satisfaire un public à moitié torse nu et avide d’évasion.

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À l’intérieur, la dureté des scènes Automne et Hiver s’amplifie à mesure que le ciel devient noire : Manu Le Malin cogne sévère avant de laisser place à un Adam Beyer d’une violence inouïe, tandis que Ben Klock fait son taff et envoie toute la puissance qu’on attendait de lui, ni plus, ni moins. Retour dehors, sur les coups de 00h30, où Moodyman nous livre un set disco, house et soul plein de mélodie avant que Zip ne s’empare des platines pour emmener le groove vers quelque chose de plus sévère sans rien enlever à l’aspect mélodieux. La pluie décide alors de venir perturber les scènes extérieures, nous obligeant à nous réfugier à l’intérieur où nous retrouvons Chris Liebing et Len Faki pour une majeure partie de la nuit. Une nuit au cours de laquelle nous avons régulièrement alterné entre Automne et Hiver, entre Len Faki, Chris Liebing, Manu le Malin, Adam Beyer d’un côté, et Marcel Dettman, Rhodad, Donnato Dozzy, Trade ou encore Luke Slater de l’autre. C’est qu’à l’intérieur, les deux saisons froides se ressemblaient en tout point, les scènes étant assez proches et les beats se faisant parfois échos et se mélangeant subtilement, si bien que même DJ Deep n’avais plus rien de deep. Peu importe, cette osmose improvisée de sons froids et lourds ne nous a pas dérangé plus que ça et tout le monde semblait y trouver son compte. La nuit s’écoulait donc bon train, entre grosses sessions indoor parsemées de quelques passages funky outdoor.

Car il n’y avait non pas deux scènes extérieures ce soir là mais trois, dont une informelle et à l’allure clandestine : le Camion Bazar. Quelque part au beau milieu de la nuit, alors que de fines gouttes de pluie tombent sur les scènes extérieures du Weather, étaient agglutinés plusieurs dizaines de danseurs devant cet étrange camion multicolore qui crachait une house funky, entrainante et bon enfant, à 10 000 lieux de l’ambiance lourde à l’intérieur. Autour du camion, les festivaliers sont fous de joie et sautent partout. Certains ont même affirmé que le Camion Bazar fut de loin la meilleure scène du Weather. Ce qui est sûr, c’est que la scène en retrait se découpait du reste et donnait une chouette allure, assez intimiste, mais carrément folle.

Quelque part vers 5h du matin, un type qui ne devait pas encore être assez perché à son goût décide d’aller se coincer sur le plafond du hangar intérieur, à plusieurs dizaines de mètres au-dessus du sol. Gros coup de chaud pour les organisateurs, qui coupent le son, appellent une grande nacelle et vont vite déloger le malin avant l’arrivée de Dettmann en scène automne. Vers 06h et quelques, le soleil arrose enfin de nouveau les scènes extérieures, relançant les hostilités et la compétition entre les scènes indoor et outdoor, qui se vouent une guerre sans merci : un Seth Troxler magistral et rassembleur fout le feu à l’extérieur alors que Marcel Dettmann ne fait aucune concession à l’intérieur. Son set, qui contenait ses propres tracks (Corridor, ou encore son remix de Bad Kingdom de Moderat) a gardé tous ses codes habituels : extrême minimalisme, voyage cosmique et martèlement de tôle. À 07h, pas loin du Camion Bazar, un gros Boeing de l’US Air Force s’avance sur la piste. Non, on ne rêve pas, et on commence à se dire que c’est aussi ça l’esprit Weather ! Alors qu’une fine pluie arrose une nouvelle fois le Bourget, Derrick May succède à Troxler et enchaine avec de belles perles, comme Scala d’Agoria, Up de Butric (Butch + Ricardo Villalobos) ou encore Energy Flash de Joey Beltram, alors même que le soleil recommence à taper sec. À l’intérieur, Dettmann, qui devait partir pour 8h, prolongera jusqu’à 10h avec la bienveillance du staff. Peu après, Derrick May clôture son set.

Les applaudissements, les « Alleeeeeez », les rappels se prolongent et les pieds se font trainants : personne n’a vraiment envie de quitter les lieux. Il s’est passé quelque chose de magique durant cette journée/nuit, quelque chose que personne n’oubliera de sitôt. Désormais, pour les trois prochaines semaines à suivre, Paris se divisera en deux : ceux qui étaient à la Weather, et ceux qui n’y étaient pas. Non, on exagère à peine. Sitôt la soirée terminée, dès le lendemain, la page de l’event du Weather s’agite : qui a joué quoi ? À quelle minute ? Le groupe Weather Festival Music était né, prolongement et symbole d’une fête à laquelle personne ne voulait décrocher. Et deux jours après la fin des hostilités, on parlait déjà du « Weather blues » sur les réseaux sociaux. Des messages, des idées, le Weather Festival n’en a pas manqué cette année. En allant squatter au Bourget puis à Boulogne pour l’after, il a voulu approfondir le travail déjà entamé par le collectif Surprize avec les soirées Concrete : repenser la teuf en diversifiant les publics et en décloisonnant les formats de la nuit, restés trop longtemps figés dans l’idéalisation et la suprématie des clubs. Le Bourget fut l’apogée de ces trois jours de fête, avec plus de vingt-mille personnes, un line-up à tomber, vingt-deux heures de set et quatre scènes qui ont offert à la capitale son événement techno.

 

KK – 22/06/2014

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