Actu // Une Histoire d’A

0 Posted by - 3 janvier 2013 - Pop

Si tu m’avais parlé d’Aline, ex-Young Michelin, il y à de ça un an, je t’aurais sûrement répondu un truc bête du genre « Ringard ! Ces mecs ressemblent à Indochine ». Ce que je pouvais être con, putain.

A vrai dire, comme souvent avec les histoires d’amour je suis passé d’un dédain maladif à la plus grande des addictions. Oui, en quelques mois je suis devenu une groupie. Et que l’attente de ce premier album fut longue, ponctuée quand même du maxi « Je Bois Et Puis Je Danse » au printemps dernier et de concerts de hautes volées. Et, enfin, le voilà. Le meilleur de tes cadeaux de noël, celui que te fais après coup parce que personne n’y avait vraiment songé. Alors, est-ce que ça valait le coup d’attendre? O.U.I. Douze fois même.

Que ceux qui auraient raté les épisodes précédents ne chouinent pas trop, on retrouve sur ce premier album la grande majorité des chansons déjà publiées par le groupe- seules « Je suis fatigué » et « Hélas » sont passées à la trappe. Quant à ceux qui suivent déjà Aline, ils ne seront pas chamboulés. Oui, Aline a réalisé l’album que l’on attendait d’eux. Mais c’est déjà beaucoup, parce que l’on en attendait vraiment énormément. Les guitares 80’s sont bien là, la fausse naïveté de ces années aussi. Contrairement à LESCOP ou à LA FEMME, tous deux s’inspirant aussi des années 80, la pop d’Aline ne doit pas grand-chose au pays de Taxi Girl, de Jacno et leurs petits camarades mödernes. Et c’est peut être bien sa force, du moins sa singularité. Sur « Les Copains » qui ouvre et clos cet album, on pense à la pop aristocratique de Felt – sur la première version, par ailleurs, les claviers de Jean-Louis Pierrot volent presque la vedette aux guitares. « Je Bois Et Puis Je Danse » tape l’incruste chez les grands frères d’ORANGE JUICE pour une fête dont les Ecossais étaient jusque là les seuls dynamiteurs, de celles où danser et pleurer sont les deux noms d’une même émotion. Plus loin, « Deux Hirondelles » convie un Robert Smith dans sa prime jeunesse, quand il n’écrivait pas encore des chansons de huit minutes un peu chiantes mais des trucs très pop sur des claviers cheapos. On reconnait même sur « Regarde le Ciel », la chanson qui donne son titre à l’album, un peu de NEW ORDER qui se cache à la marge. Et pour les autres chansons THE SMITHS, évidemment. Celui des premières années pour « Teen Whistle », « Maudit Garçon », ou encore « Obscène ». Quant aux autres, elles auraient eu une place de choix sur « The Queen is Dead », aux côté des plus belles chansons de la pop anglaise. Mais, penserez-vous, pourquoi écouter un groupe qui publie en 2013 un album qui aurait pu sortir sur « Rough Trade » ou « Factory » sous Thatcher ? La réponse est assez simple : Romain Guerret et ses copains ont très bon goût. Mais pas que. Le gars Guerret écrit aussi et surtout des putains de bonnes chansons portées par des mélodies pour lesquelles tout plein de Britons donneraient ce qu’il reste de leur foie un matin de Boxing Day. Le tout en venant de Marseille. Non mais Marseille, putain, presque une joke. « Elle et Moi », « Elle m’oubliera » puis « Voleur ». Trois chansons, par exemple, qui n’ont rien à envier aux meilleures chansons du duo Marr/Morrissey qui semblent avoir marqué en profondeur Aline. A vrai dire, on n’avait encore jamais vu jusque là un songwriting si hautement référencé sans qu’il ne dérange ni ne choque. Cela tient peut être au fait qu’ils chantent en Français. Dans une langue pop et naïve, ponctuée de fulgurances (« quoi faire de moi, de mon cœur après toi ») – Romain Guerret est de toute façon trop vieux pour être Morrissey ou Daniel Darc à leur début. Et si avec Aline, le pays de Johnny et de tous ses copains l’ayant suivi, la main droite irritée, tenait enfin le groupe de pop anglaise qui rendra jalouse Albion ?

P.S. : pour ceux qui n’ont pas fait Manchester LV2, et ils doivent être nombreux malheureusement, voici ci-joint une petite playlist pas piquée des hannetons pour mieux suivre cet article : http://www.deezer.com/fr/playlist/160282971

 

Cyril Camu – 03/01/2013

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