Musique // Patchwork de son à Pitchfork

0 Posted by - 12 novembre 2012 - Pop

En matière de musique indé, il est presque devenu impossible d’être neutre vis-à-vis de Pitchfork… Vous savez, ce webzine américain qui veut vous faire croire que Bon Iver est le futur de la musique. Ce magazine à qui l’on doit la globalisation du Hipster. Le weekend dernier, Pitchfork était à Paris pour la deuxième édition de son festival. Plus de trente artistes se sont donc succédés pendant trois jours sous la grande Halle de la Villette.

 

Un jeudi Cocorico

Il est 17 heures ce jeudi 1er novembre. Trois garçons arrivent sur scène : How to Dress Well lance les hostilités. Bon, on va être franc, le RnB chanté par un garçon à la voix affectée, soulignée par un violon : au mieux c’est joli – quel terme épouvantable – au pire c’est très très chiant. Merci à eux, ce dilemme est rapidement évacué : c’est bien la deuxième solution que l’on va garder. Rendez nous Justin, merde (pas l’enfant, on s’est compris). Histoire de lui donner une bonne raison de chialer comme un enfant à qui l’on aurait volé son goûter, ces salauds d’organisateurs avaient programmé AlunaGeorge après lui. Le groupe anglais, pour les quelques distraits, est la dernière hip en matière de RnB. Et on comprend vite pourquoi. Des chansons-bonbons qui nous ramènent au début des années 2000, et pas seulement parce que la chanteuse est habillée comme une Destiny’s Child, hein. Un concert sous forme de péché mignon qui s’achève sur Your Drums, Your Love, déjà candidate à une place de choix dans les palmarès de fin d’année. Après être revenu dix ans en arrière, on reprend la DeLorean. Elle nous dépose au tournant des années 80/90 et on y retrouve DIIV. Avec un son plus puissant que lors de son passage au Glazart en août dernier, leur pop héritée des Stone Roses gagne en intensité. Tout est nickel, bien que parfois leurs solos soient un peu longs. C’est ensuite au tour de Factory Floor de monter sur scène. Avec un nom qui évoque feu le label mancunien et une signature chez DFA on s’attendait à de la frappe. Raté. Une dance musique vaine et répétitive. Changement radical avec Japandroids qui donne plutôt dans le rock à grosses couilles. Problème, on pense davantage aux All American Rejects qu’aux Cribs, qui ne sont pourtant ni les Strokes ni les Smiths. Sérieux les gars, pensez à écrire des chansons avant de venir sur scène. Ou plus simple, ne venez pas – pensée émue pour le groupe Chairlift bloqués par cette salope de Sandy à New York. Heureusement, c’est Frànçois and the Atlas Mountains qui les remplacent. Première grosse sensation sur le festival. Leur show, aussi freak que ludique enchante là où (attention spoiling) le lendemain Animal Collective se pètera la gueule. Le tout porté par une énergie et un charisme irrésistibl et quelques grandes chansons. Evidemment après un tel concert, celui de John Talabot ne fait pas plus d’effet qu’une compile pour bar lounge. C’est con car ça avait vraiment l’air bien en fait. 22h30, l’heure de Sébastien Tellier. Changement de dimension. Sur la scène on peut admirer de kitchissimes plumes en plastique blanc au milieu desquelles se trouve un piédestal. Ou plutôt un autel. Toujours pas redescendu de son trip bleu, Sébastien Tellier, dès le Pépito Bleu inaugural, est désarmant de second degré. A la fois Michel Polnareff et Chris Esquerre, il enchaine ses meilleurs chansons – de Roche à Cochon Ville en passant par Divine, Sexual Sportswear ou encore Russian Attractions – et des monologues qui seraient très certainement gênants sans un merveilleux sens de l’autodérision. Surtout, le mec s’en branle : qui d’autre en France est capable de finir ses concerts par La Ritournelle et L’Amour et la Violence ? Après la claque assenée par le gros barbu, la dubstep toute en délicatesse de James Blake est la musique parfaite pour rêver tranquillement. Pendant une heure on se permet d’oublier l’état dégueulasse dans lequel le dubstep est tombé. Et puis on y repense et on pleure à chaude larme (un jour j’aurai ta peau Sonny Moore !). Pour clôturer la première journée de son festival à Paris, Pitchfork s’est senti obligé de programmer M83. Merci de les avoir mis à la fin : après avoir rapidement constaté que la musique des français avait en live les mêmes défauts que sur album – soit un faux shoegaze et de vrais stéroïdes – et bien, on peut se casser. Eh, c’est pas férié demain merde.

 

Au dessus du vide, Fuck Buttons surnage

C’est avec les jambes déjà un peu plus lourdes que la veille mais la même envie d’en découdre que l’on arrive à la Villette. Le premier concert est donné par un obscur groupe de jeunes Anglais au nom d’Outfit. Deux chanteurs, un de trop. Quand le premier rappelle Adam Levine (Maroon 5, sale), le deuxième tout droit sorti d’un poster de Joy Division nous ramène aux plus belles heures de la pop anglaise (New Order en tête). Le truc relou c’est que c’est le le premier qui chante le plus souvent. Un binôme de chanteur, c’est aussi ce que nous propose RATKING, groupuscule de rap New Yorkais. Sans vraiment de concurrence, le groupe annoncé comme « le nouveau Odd Futur », se révèle être la vraie erreur de casting du festival. Des productions banales, des flaws flows au mieux approximatifs : comment dit-on gênant en newyorkais ? Heureusement, Jessie Ware nous réveille enfin. Le public s’est d’ailleurs pressé en nombre pour voir le concert de l’Anglaise, de sorte que même elle semble touchée. Ce qui ne l’empêche pas de faire un concert plus que convaincant, le tout conclu par Wildest Moment, la bitchy chanson derrière laquelle Lana del Rey court en vain. Le concert qui suit est beaucoup moins biatch pour le coup. Wild Nothing est Américain mais à l’instar de Holy Shit ou des Drums, c’est surtout un groupe qui aurait dû voir le jour en 82 dans le nord de l’Angleterre. Moins creuse que celle d’un groupe comme Violens, leur pop est tout à fait réjouissante. A commencer par les petits tubes Nocturne et Shadow. Entre ce concert et celui de Fuck Buttons trois heures et demies plus tard, il n’y a guère que Chromatics et son électro pop capiteuse qui parvient à tenir la distance, notamment grâce à Kill for Love et Into the Black (de Neil Young). Et sinon, c’est vide, très vide. Comment écouter la folk de The Tallest Man on Earth quand Bob Dylan ou Johnny Cash on fait bien mieux. 50 ans plus tôt. The Walkmen sonnent comme du mauvais Strokes, comme si au lieu d’écouter le Velvet, Julian avait écouté U2. Lou Reed et John Cale sont des génies, et Bono juste un gros plouc. Et enfin Robyn. Sérieux ? Non mais c’est quoi ce concert de merde sans chansons ne serait-ce qu’un peu catchy et qui rappelle la pop music misérablement creuse de cette crasseuse de Ke$ha ? On avait donc légitimement perdu l’espoir de voir un concert décent quand Fuck Buttons arrive en scène. Le duo de Bristol nous offre une renaissance. La victoire éclatante d’une musique électronique radicale et sans compromis qui convie aussi bien Aphex Twin que Crystal Castles. Un monde rempli de blips en tous genres, de longues plages sonores noisy et beats distordus. C’est bruyant et beaucoup trop fort : c’est parfait. De cette perfection à laquelle Animal Collective a prétendu le temps d’un album, Merryweather Post Pavilion, paru il y a presque quatre ans. Un album trop grand pour ses propres auteurs comme on peu le constater sur scène. Le concert du groupe de Baltimore est long et pénible : quand Avey Tare chante c’est souvent inaudible, quand c’est Panda Bear c’est plat et c’est encore pire quand c’est Deakin. Un set pervers et rageant où l’on reste jusqu’à la fin guettant de grandes chansons (rapidement Taste, Bluish, For Reverend Green) qui ne viendront jamais. A la place, le groupe joue presque exclusivement des titres issus de leur (mauvais) nouvel album. Même Brother Sport et My Girls n’y changeront rien, on quitte la Grande Halle bête et déçu.

Tu prendras bien du ketchup avec ton Redbull ?

Ratant les trois premiers concerts de la journéee, cette dernière soirée sera celle des faux départ parce qu’elle aurait pu commencer avec Twin Shadow si celui-ci n’avait pas décidé de faire du Phil Collins… trente ans plus tard. Rien contre l’inspiration eighties, mais, par pitié, pas celle-ci. Twin Shadow, ou la version beauf de Wild Nothing. Bon Iver tout en chemise transparente. Autre départ manqué, le concert de Wild NothingLiars. Vu que je me souviens plus du dilemme ketchup ou pas ketchup sur les frites que de leur musique mal inspiré de Kid A c’est que ça n’a pas vraiment dû être l’éclate. Comme je ne m’attendais pas à ce qu’elle commence avec Death Grips cela ne serait pas honnête de dire qu’ils m’ont déçu. Parce que bon le Hip-Hop-Hardcore-Black-Power-mais-avec-les-pieds-nus-parce-que-t-as-vu-moi-je-suis-trop-un-esclave-de-la-société-cette-chienne-putain-Big-Up-à-mes-ancètres, bah, qu’est ce que vous voulez que ça touche un petit français blanc comme moi. Du coup, dire que voir Breton arriver sur scène vers 22 heures tiens du miracle est à peine un euphémisme. De mémoire de vieux briscard –je les suis quand même depuis juin 2011 les petits, on avait jamais vu le groupe autant épanoui sur scène et ouvert au public.  D’un côté faut bien ça pour faire oublier leurs balances toutes moisies. Vu que l’on n’entend pas son pad, le gros derrière son mac donne tout pour ambiancer la salle. D’Edward the Confessor à Jostel en passant par  Pacemaker ou Interference, les grands moments d’Other People’s Problems s’enchainent. Malheureusement pour eux, malheureusement pour nous, les Londoniens jouent juste avant les reusta du jour pour lesquelles je voulais être devant. Et comme les concerts se succèdent sur deux scènes différentes de part et d’autre de la Grande Halle je dois sacrifier la fin du concert. Mais que ne ferait-on pas pour les Grizzly Bear, hein ? Ne faisons pas durer plus longtemps le suspens. Le concert des Grizzly Bear est bien le meilleur des trois jours. Par pitié envers le lecteur, j’essayerai donc d’être le plus concis possible et de modérer tout élan trop lyrique ainsi que les <3 avec les doigts : je pourrais écrire sur ce concert au moins autant que sur le reste du festival. Les New-yorkais commencent par Speak in Round continuent par Sleeping Ute et Yet Again, les deux morceaux aux fins contradictoires, des arpèges élégants pour la première contre le choc noise de la seconde. C’est à peu près la seule chose dont je suis sûr. Et puis il y a cette impression incroyable, celle de vivre un moment important. Ou quand un merveilleux groupe de pop prend ses responsabilités et se transforme en groupe de rock. Un détail qui ne trompe pas, Daniel Rossen joue par moments sur une Gibson SG. Daniel Rossen, ce guitar hero silencieux. Si leurs anciennes chansons n’ont pas à rougir (cette interprétation tout en lévitation de Foreground !) c’est bien celles de Shields paru en septembre dernier qui tirent toute la lumière. Enfin, comment ne pas parler du final, l’enchainement de Half Gate et Sun in your Eyes, deux des toutes meilleures chansons de l’année. Non, c’est quatre garçons là sont bien trop forts. Avoir atteint l’acmé du festival et en être conscient alors qu’il reste environ six heures de concert est une conséquence perverse. Car comment prendre sur un pied d’égalité le concert qui fini juste et celui de Disclosure lui faisant suite. Sûr que les Anglais font le taff avec talent, alliant dance music de starfuckeuse et dubstep londonien, mais  tout est toujours plus compliqué quand on s’est pris une claque. Heureusement qu’il y a encore le Redbull pour faire un peu bouger les corps. La nouvelle hip laisse ensuite sa place à sa cousine de l’an dernier : Totally Enormous Extinct Dinosaurs. Un concert qui représente bien la fin d’une nuit qui se délite. Bon, ok Garden c’est cool, mais ce n’est quand même pas LCD Soundsystem. Et puis il était tard alors voilà lui et les autres qui l’ont suivi ne m’ont pas vraiment marqués. Rustie en dj set, bah un mec qui passe des disques de Hip Hop. Simian Mobile Disco ? Bien les cinq premières minutes, répétitif l’heure suivante. Julio Bashmore, enfin. Mais là il était genre 5 heures du mat’ et donc oui, je suis parti avant la fin, désolé.

Meilleur moment : quand Ed Droste (Grizzly Bear) chante « Look on your face, Burden’s on your back Sun is in your eyes » sur Sun in your Eyes. En même temps c’est un peu de la triche : sur disque c’était déjà le meilleur moment de l’année.

Pire moment : dois-je vraiment en remettre une couche sur RATKING ? Non parce que je pourrais parler de la dégaine de merde du MC principal, mais ça serait bas, non ?

Moment le plus misanthrope : voir tout les gens danser sur Animal Collective et avoir ces mots de Benoît Sabatier sur les hippies à Woodstock qui me reviennent : « il faut être sacrément stone pour se farcir ces artistes ». Putain de hipsters !

1 : dans Culture Jeune a.k.a. la Bible.

 

Cyril Camu – 12/11/2012

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