Cinéma // The Bling Ring

3 Posted by - 11 juin 2013 - Pop

On a tous été intrigués par la bande annonce officielle du nouveau Coppola fille, il y a quelques semaines de ça. Des voleurs en talons qui sautent des portails et une Emma Watson qui se trémousse en se léchant les lèvres sur une bande son acide… tentant ? The Bling Ring sort demain (mercredi 12 juin), et raconte l’histoire vraie d’une bande de cinq potes, dont un seul garçon, issus des quartiers huppés du comté de Los Angeles. Ca tue le temps, ça va au lycée en Audi A4, ça écoute du Rick Ross et ça va dans les boîtes de nuits guindés, où ils y croisent même parfois quelques célébrités. Parce que les célébrités peroxydées et clinquantes sont bien leur obsession première, la meneuse Rachel Lee va réussir à souder l’équipe autour d’un passe-temps terrible : pénétrer les maisons des stars de Hollywood et… se servir. Impensable ? Paris Hilton, en grande écervelée, avait pourtant bel et bien pour habitude de laisser sa clé sous la paillasson ! Cette première infraction va en engendrer une série d’autre et, au fur et à mesure, les sacs vont se remplir de sapes hors de prix et les liasses de billets volés vont permettre l’achat de drogues et de bouteilles de vodka à poser en boîte. La cocaïne exacerbe le sentiment d’invincibilité et, pris dans un tourbillon d’excès de confiance, pousse la bande à cambrioler encore et toujours, jusqu’à atteindre le moment fatal où ils se font prendre, balancés par leurs camarades de lycée.

La mise en scène se base sur un déroulement des faits entrecoupé d’images d’archives de stars en action sur le tapis rouge ou encore de courtes séquences d’interrogatoires postérieurs aux évènements au cours desquels les jeunes racontent leurs souvenirs, donnant ainsi un aspect quasi documentaire au film, pas forcément de mauvais goût quand on sait qu’il s’agit d’une histoire vraie. Le film ne décolle que très peu et s’étire parfois en longueurs mais quelques scènes pop bien huilées ou nerveuses sont bien placées ici et là pour garder l’attention, voire la fascination du spectateur : on pense notamment aux scènes de boîte de nuit, ultra dynamiques et parfaitement retransmises. Le paysage est limpide, le soleil se reflète dans la chevelure parfaitement brushinguée de nos héros… bref, la caméra nous retransmet de l’idyllique, sans plus, sans faire trop d’efforts. Qualitativement on n’a pas là un chef d’oeuvre… mais tout l’intérêt du film réside en fait dans ce qu’il montre de notre société.

Sofia Coppola ne critique pas les jeunes, de même qu’elle ne les défend pas, non. Elle s’est juste contenté de filmer une réalité sans l’accentuer et sans la minimiser non plus, et The Bling Ring intrigue car criant de vérité sur une certaine jeunesse privilégiée, dont beaucoup de spectateurs vont se reconnaitre: la jeunesse des élites est arrogante et prétentieuse, fêtarde et futile, égocentrique et superficielle. Rien ne compte à part l’apparence, ainsi dès lors que Rachel vole un sac elle s’empresse de le porter à son bras pour pavaner avec sans trop perdre de temps. Flemme de dissimuler quoi que ce soit, affichons nous vite. Pareil en boîte, où ça passe plus de temps à prendre des photos sur l’iPhone qu’à profiter de la soirée. Les photos iront directement sur Facebook, siège social du Voyeurisme ; car le but de tout ça c’est bien de se montrer, prouver à tout le monde qu’on mène une vie géniale alors qu’on se fait chier jusqu’à la moelle.

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L’ennui apparaît ainsi comme l’un des fils conducteurs de l’histoire, et si les quelques longueurs du film mélangés à la monotonie de sa première grosse partie (diptyque « scène de cambriolage + scène boîte de nuit + scène de cambriolage + scène de fête + scènes à la maison… ») peuvent faire bailler le spectateur, ce déroulement las des évènements colle pourtant à merveille à la vacuité totale de l’existence du Bling Ring. Coppola nous montre alors une jeunesse qui, pour tuer ce vide, vit sa vie par procuration, à travers celle des stars qu’elle contemple et dont elle connait la vie par coeur… jusqu’au jour où le contemplateur devient, enfin, le contemplé. Oui « enfin », car l’arrestation est loin de constituer un traumatisme pour le Bling Ring. Bien au contraire : le moment de gloire est enfin arrivé, certains en surjouent, Nicki prend une attachée de presse et miaule fièrement son histoire devant la journaliste du Vanity Fair qui vient l’interviewer chez elle. Elle créera plus tard son site internet nickimooreforever.com. Terrible Sofia Coppola qui arrive à nous questionner alors sur un point : « Sommes-nous si futile ? ».

Petite déception par rapport à Emma Watson qui n’est jamais vraiment « dedans » et n’arrive pas à s’imprégner de son personnage. Mention spéciale à Claire Julians qui interprète tellement bien son personnage de blonde-gâtée-rigolarde-je-m’en-foutiste que l’on se demande si elle joue.

Note : 6/10

 

KK. – 11/06/2013

 

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