Nocturne // Revu de nos nouveaux festivals de musiques électroniques (Paris)

2 Posted by - 24 juillet 2013 - Nocturne

Entre le 7 mai (premier jour de la Marvellous) et le 14 juillet dernier (closing de la Peacock), Paris a fait la fête. Inexistants l’an passé, cette année la capitale de l’ennui a eu droit à non pas un, deux, mais trois nouveaux festivals de musique électronique : Marvellous Island, Weather, et The Peacock Society. Fini les exils à Calvi ou à Barcelone. Maintenant, il suffit de prendre le métro pour passer un week-end ou une semaine mémorable. Les festivités terminées, on s’est dit que c’était le moment de balancer notre palmarès des petits nouveaux histoire de donner un ordre de priorité aux festivaliers de l’an prochain.

3 – WEATHER

Organisé par Surprize ! (les gars de la Concrete), le festival de la Weather a eu lieu du 17 au 19 mai, dates où la populasse s’était vu donner rendez-vous à… un peu partout. Deux soirées d’ouverture pour la nuit du 17 – dont l’une à la Machine et l’autre sur le bateau de la Concrete ; la soirée principale au Palais des Congrès de Montreuil pour la nuit du 18 ; deux afterpartys pour la nuit du 19 – dont l’une à la Concrete (bis) et l’autre à la SIRA d’Asnières (qui fut annulée au dernier moment, puis déplacée à la Porte de Versailles)… Bref, un gros bordel techno de part et d’autre de la capital. L’évènement principal se passait au Palais des Congrès et voyait défiler une programmation techno musclée de qualité (Dettmann, Len Faki, Chris Liebing, Nina Kraviz, Robert Hood…) dont la musique a vite fait de calmer les quelques esprits tendus qui avaient du parfois patienter une heure dans la queue. C’est simple, le son a mis tout le monde d’accord : du boum-boum-boum savamment distillé couvrant l’atmosphère glauque et terriblement jouissive d’un espèce de hangar géant sans chichi et sans artifices dans lequel l’espace-temps semble s’être désintégré sous les buées de transpiration. Car – et c’est le gros problème – il a fait chaud au Palais des Congrès, beaucoup trop chaud. Pas de ventilation, pas de fenêtres, pas la moindre sortie d’air. L’humidité et la sueur perlent du plafond, les bouteilles d’eau sont payantes et l’eau des cabinets n’est pas potable, ce qui n’a pas empêché des assoiffés desséchés de la boire en se demandant avec quelle infection non répertoriée ils se réveilleraient le lendemain. Au final la Weather était un vrai festival bien sauvage qui, à défaut de boue, puait la sueur, la testostérone, la bonne techno et la MD. Un fort potentiel légèrement mis à mal par le Palais des Congrès (erreur de casting qu’ils zapperont l’an prochain, on s’en doute) ainsi que quelques petits couacs d’organisation.

Oui : une programmation efficace ; le côté rentre-dedans, pur et brut de décoffrage dont les nombreux amateurs du genre ont mis plusieurs jours à se remettre.
Mais non : l’organisation un peu décevante ; le Palais des Congrès (oust).

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© Guillaume Murat

2 – MARVELLOUS ISLAND

Virage à 180 degrés. Alors que Surprize ! n’avait pas misé sur la scénographie, se contentant d’un hangar et de quelques jeux de lumière par ci par là, l’island de la Marvellous avait tout d’un rêve. Les organisateurs (Vandôme Evénements) ont mis les bouchées doubles pour transformer le Chalet de la Porte Jaune de Vincennes en une jungle paradisiaque de la fête pendant 5 jours, du 7 au 11 mai. Si la Weather, son hangar et sa techno violente puisaient dans le berlinois, la Marvellous, son ambiance tropicale et sa programmation house aux noms de renommées internationale, tape plutôt du côté d’Ibiza. On respire, on se balade, on découvre que ça regorge de stands ultra régressifs (photomatons, maquilleurs à la con…), on prend des pauses au détours d’un buisson… Aéré, chill et bon enfant, tout aurait pu être très satisfaisant si la scène extérieure n’avait pas du subir une baisse de volume dès la deuxième journée, si bien qu’il était difficile de bien profiter des sets de Troxler, Bakermat ou Anja Schneider.

Ouais : l’organisation parfaite pour une première fois de cette envergure ; la scénographie majestueuse.
Mais non : le sound-system assez décevant.

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© Maxime Chermat

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© Igor Ribnik

1 – THE PEACOCK SOCIETY

On balance la palme d’or des nouveaux festivals parisiens de musique électroniques à The Peacock Society pour la simple raison que ce festival a eu l’idée géniale d’être un combo des deux premiers alors que la Weather et la Marvellous étaient en affront plus ou moins affiché (techno VS house, Berlin VS Ibiza, garçons en sueur VS jolies filles en fleurs, East coast VS West coast…). Annoncé dans le plus grand des calmes, sans prétention, sans excitation promotionnelle, The Peacock Society a calmement attendu son heure pour nous exploser au visage. L’alliance qui compose The Peacock était forcément efficace : Savoir Faire c’est le Social Club, Brodinski, Gessafelstein, la French touch… We Love, c’est un peu grâce à eux que t’as pu voir Ben Klock, Richie Hawtin et Loco Dice à Paris. La fusion des deux agences donne donc un festival à l’organisation naturellement parfaite (expérience oblige) et très éclectique musicalement, avec de la techno sévère (Richie Hawtin, Ricardo Villalobos), de la house funky (Hot Natured et leur set ultrafuturiste) et même du hip-hop (Brodinski). Le lieu aussi, le Parc Floral du 12e arrondissement de Paris, a eu l’insolence de se transformer en un savant mix du Palais des Congrès de la Weather et du Chalet de la Porte Jaune de la Marvellous, avec un grand hangar sombre et enfumé pour les adeptes des sons qui cognent et des ambiances illicites (comme à la Weather) et une grand scène extérieure sur la pelouse pour prendre l’air en écoutant des sons plus funkys (comme à la Marvellous Island), les deux places fortes étant reliées par une interminable allée où s’alignent – à gauche, à droite, par ci et par là – des stands farfelus, encore comme à la Marvellous, mais en vraiment plus dément : barbier, manucure (oui oui), fashion truck, polaroïds à emporter, vintage shop, couronnes de fleurs, falafels et autres conneries. Parce qu’elle a fait le pari de réunir tout le peuple et tous les genres, parce qu’au niveau du prix de la place ils ne se sont pas foutus de la gueule des gens (30eu au tarif imagine R), parce qu’on était sur les dents à mesure que le soleil se levait car on aurait clairement souhaité y rester toute la journée… The Peacock Society est le festival de musique électronique parisien où il faudra impérativement prendre sa place pour l’an prochain. Notons qu’en un an les chose évoluent : la programmation des uns peut se fortifier, les lieux seront amenés à être revus (on doute que la Weather signe un nouveau contrat avec le Palais des Congrès) et les défauts d’organisation seront assurément corrigés… Reste donc à attendre 2014 pour une nouvelle saison de haute voltige musicale.

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La Rédaction – 24/07/2013

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