Musique // Basile Di Manski sort « In Camera », son nouvel EP

0 Posted by - 30 mars 2016 - Pop

In Camera, le nouvel EP de Basile Di Manski, est sorti chez Pain Surprises Records en février dernier. Presque deux ans après 1988 – qui nous avait fait découvrir ses mélodies pop, mélancoliques, mais jamais tristes – Basile Di Manski s’est de nouveau mis à nu (au sens propre comme au figuré), est passé du Lo-Fi à du semi Hi-Fi, et nous livre un travail naturellement plus abouti que le précédent. Nous l’avons rencontré, un peu après la Saint-Valentin.

Pas mal de temps ont passé depuis la dernière fois qu’on a écrit sur toi. Que s’est-il passé entre temps ? Comment s’est organisé la production de cet opus ?

Le gros challenge dans la production de ce disque, c’était de donner de l’ampleur et un surplus d’intelligibilité aux chansons tout en conservant la fragilité et le charme des démos. J’ai bossé avec Nicolas Gary, qui m’a ouvert des portes en matière de sons et de textures. C’est un travail difficile : si mes chansons sont belles c’est parce qu’elles sont étranges et nécessaires, parce qu’elles sont venues d’elles-mêmes – or, plus les possibilités sonores sont nombreuses, plus il faut être attentif à ne pas rompre avec cette nécessité. Du coup j’ai beaucoup hésité, je remets souvent tout en cause, je jette, je désespère, puis un jour, finalement, ça y est, je sais que c’est ça. Travailler avec moi, c’est s’engager dans une sorte labyrinthe créatif.

On était resté sur des sons très alternatifs, Lo-fi. Avec « Water Resist », on sent une nette différence. Ça fait beaucoup moins amateur. C’est le début d’une nouvelle ère musicale pour toi ?

Oui. Mais pour l’instant je parlerais simplement d’un changement d’échelle et d’équilibre. Une chanson c’est un rêve qu’on jette dans la réalité, comme une fusée dans l’espace. Avant je concevais des rêves un peu fragiles, un peu frêles – ils allaient moins loin je crois. Aujourd’hui j’essaie de concevoir des rêves plus grands et plus lourds, plus à même de traverser les parois de la réalité parce que j’ai besoin d’être compris. Pour en revenir avec « Water Resist », j’ai voulu que ce soit le dernier titre du disque parce qu’elle en rassemble à elle seule toute l’histoire – une chanson d’amour qui passe du Lo-Fi au Hi-Fi et qui finit par se retrouver complétement ailleurs, avec une forme d’étrangeté retrouvée…

Ton son « To Lord Byron » est en anglais et français et oscille entre du bon Etienne Daho et une touche très british. Quels artistes t’ont influencé pour ces nouveaux morceaux ?

Pour commencer, « Lord Byron » lui-même puisque la première version de ce morceau était une adaptation de l’un de ses poèmes, extrait du « Pèlerinage de Childe Harold », où il raconte comment il ressent les vibes de l’Orient à Venise. Cette chanson m’a vraiment hanté. On a enregistré huit versions différentes avant d’arriver à celle que vous connaissez dans In Camera… Un truc très particulier s’est passé : en bossant sur ce titre je me suis souvenu d’un voyage que j’avais fait à Venise, au lycée. On avait passé quatre jours à fumer de la weed et à se promener dans les palais, c’était assez surréaliste. Du coup j’ai mixé cette expérience avec celle de Byron pour réécrire un texte. C’est au moment de chanter ce texte que s’est posée la question des influences… la chanson française est bourrée de fantômes hyper influents et flippant : Gainsbourg, Daho, Bashung, c’est dur de faire son propre truc. Moi j’avais tendance à trop chanter le texte. Du coup on a essayé de faire la prise par téléphone, avec un iPhone devant le micro et l’autre dehors, et avec moi qui disait le texte. Ça m’a aidé à… dé-chanter.

Cet univers a du plaire à Pain Surprise Records puisque t’es associé à eux. Nous, on les a connu il y a cinq ans, mais plutôt à cause de leurs soirées. Explique-nous ta rencontre avec eux ?

J’étais à Rome quand Étienne m’a appelé pour me dire qu’ils avaient ouvert un studio et qu’il aimerait bien que je passe les voir. Il avait entendu mes morceaux par le biais du Tournedisque. Du coup j’ai passé une heure ou deux dans les bureaux de Pain Surprises à Montreuil, on pas mal discuté, ils étaient chauds pour sortir un truc et j’ai trouvé qu’il y avait une bonne énergie et un bon bordel créatif chez eux. On a signé mon contrat à l’américaine : sur scène au Glazart, le 21 juin, à la tombée de la nuit, devant 200 personnes.

Comment as-tu vécu ce premier live ?

C’était une super soirée. La scène du Glazart est grande, on peut courir si on veut. Pour la première fois, j’ai pu jouer un de mes titres en mode crooner, un micro à la main, en arpentant la scène. J’étais stressé parce que c’était aussi le premier concert que je faisais avec les autres artistes du label. Et puis parce que je suis toujours stressé avant les concerts. Mais ça s’est très bien passé, comme dans 99% des cas. Parfois je me demande pourquoi on stresse autant avant de monter sur scène.

Et puis il y a eu cette journée/concert dans une chambre d’hôtel le jour de la Saint-Valentin. Je suis hyper curieux. Comment les gens étaient ? Qu’est-ce qu’ils faisaient dans cette chambre ?

J’ai vu défiler 150 personnes environ. Il y a eu des gens hyper différents : des jeunes, des hipsters, des vieux, des gens de ma famille, des jolies filles, des gens arrachés… Ça a marché avec quasi tout le monde. Il fallait parfois quelques minutes pour qu’ils se sentent à l’aise, mais ça a marché. J’ai eu un groupe de filles assez cools. Elles se sont allongées toutes les quatre sur le lit, elles ont retiré leurs chaussures et j’ai commencé à jouer. À la fin du set, j’ai vu que l’une d’entre elles avait pleuré, comme au cinéma…

Ça fait un peu penser aux mecs qui chantent la sérénade sur les barques à Venise. L’Italie, Rome, Venise. L’amour. Les femmes. J’ai l’impression que c’est essentiellement ce qui t’inspire, pas vrai ?

On pourrait dire beaucoup de choses à ce sujet. L’art et l’amour entretiennent une relation presque sacrée, ça n’a rien de surprenant. Et je crois que l’Italie aussi a un rapport sacré à l’amour. Quand je suis à Rome ou en Sicile, au moment du crépuscule, l’été, il se passe quelque chose de tellement intense que je suis incapable de penser à autre chose. Ça me fascine. On retrouve souvent cette atmosphère dans mes chansons et j’ai envie de l’approfondir encore. Quand je serai vieux, je me trouverai un coin tranquille et j’irai traîner avec les vieux sur la place d’un village dans le sud de l’Italie. On regardera les femmes qui passent sans rien dire et on les sifflera.

Pas mal la retraite ! Comment va se dérouler la suite des festivités pour toi ? Promo ? Enregistrement ?

En ce moment je travaille sur la formule live qu’on a inaugurée Saint-Valentin à l’hôtel… Comme je t’ai dit, ça a bien marché donc la formule devrait être prête pour mon anniversaire fin mars. Après on commencera à booker des dates et je suis chaud pour aller jouer partout. Je commence à avoir la bougeotte, ça fait un moment que je n’ai pas quitté la France, donc ça tombe bien. Sinon j’ai envie d’enchaîner rapidement avec mon album et d’ici là j’aimerais aussi faire une petite exposition qui rassemble tous les dessins que j’ai accumulé pendant la préparation de l’EP.

Tu parles de rêves plus grands. Tu souhaites élargir ton projet artistique ?

Pas pour l’instant, non. Au contraire, j’ai besoin d’être complètement seul quand je travaille sur de nouveaux titres. Et puis je suis dans une énergie assez différente de celle dans laquelle j’étais pendant la conception de In Camera. Les concerts et le travail de la scène me donnent une énergie que j’ai envie de mettre telle quelle dans les morceaux que j’enregistre en ce moment. Avant j’avais du mal à envisager le studio entre les concerts et les concerts entre les phases de studio. Maintenant j’arrive à mélanger ça et je comprends à quel point c’est essentiel d’alterner et de prendre de l’élan. C’est là qu’on est le plus performant. Je pense que mon prochain disque sera plus solide, plus physique, plus brutal.

C’est tout ce qu’on souhaite. Merci Basile !

« In Camera » est disponible sur iTunes, Soundcloud et Spotify.

Valentin Etancelin – 29/03/2016

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