Art // Martin Eder, des chats, et des chattes !

0 Posted by - 11 octobre 2012 - Art

A l’heure où les chatons sont omniprésents dans les médias ché-bran autant que dans l’imaginaire de leurs lecteurs, Martin Eder nous transpose dans un monde où le kitsch des félins s’immisce dans l’innocence de jeunes femmes dénudées. Considéré en France comme un artiste-dandy, c’est au grès de rencontres mondaines berlinoises que l’artiste shoot lui-même ces personnes fantasmagoriques dans son appartement du quartier populaire de Wedding.

Martin Eder - Les Nus 2010, 469x239 ©

Martin Eder – Les Nus 2010, 469×239 ©

Dans Les Nus, (2006-08), ces photos – qui deviennent, au-delà du simple outils de travail, quelque fois des tirages de plus de deux mètres – le corps des femmes reste figé comme si la mort s’en était emprise. Ici, l’obscurité exagérée contraste avec la blancheur du corps nu et le rouge baroque des draps. Ainsi, le regard des filles, attiré par l’objectif, offre toute son incertitude au spectateur. Maître de la mise en scène, son oeuvre (qualifiée de « porno-soft ») rappelle aussi bien les nus de Francis Picabia que les personnages de Hans Makart ou encore James Ensor.

Martin Eder matérialise les corps de façon réaliste mais l’atmosphère transporte dans une autre dimension. Les jeunes femmes livrent au spectateur leurs sentiments les plus profonds et le laissent entrer dans leurs rêves nocturnes. Cette touche de voyeurisme est d’autant plus vraisemblable à travers des aquarelles où les bords des toiles sont épargnés comme peut l’être les coins d’un écran de cinéma pour retranscrire un souvenir vague.

Au-delà du phénomène d’attraction que l’univers burlesque (et à la limite du pathétique) suscite, les toiles renvoient systématiquement à une répulsion que l’artiste explique : « Je ne fais pas du kitsch. Je m’intéresse à l’imaginaire et cela a beaucoup à voir avec le jeu dominant/dominé. » C’est par la relation ambiguë que les femmes dénudées entretiennent avec les animaux que ce sentiment dérangeant se dégage. Ainsi, le monde oscille entre rêve et réalité, à la limite du surréalisme comme dans Morgens, At the Break of Dawn, où un chat humanisé s’apaise sur une brune dénudée lui offrant son postérieur. Le regard absent ou le visage en pleurs des femmes, mêlé au ciel de fin du monde et à l’innocence des personnages – aussi bien humains qu’animaux –, donne l’impression que ces chatons troublent la pureté virginale des femmes.

Morgens / At the Break of Dawn, 2009, 150x200 cm, 59x79 ©

Morgens / At the Break of Dawn, 2009, 150×200 cm, 59×79 ©

 

Hector Beguin – 11/10/2012

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