Immerson // Le musée Zadkine : sabordage d’un grand artiste?

0 Posted by - 14 janvier 2013 - Art

Le musée Zadkine; certes, la plupart des parisiens n’avaient sans doute pas remarqué qu’il avait fermé, mais ça reste une structure assez originale pour mériter sa visite, en plus c’est gratuit et le quartier est pas moche – 100 bis rue d’Assas, juste à côté du Luxembourg. On finit donc par se laisser tenter au détour d’une heure creuse, après avoir épuisé les rendez-vous culturels du mois, cependant – en somme, après avoir vu Skyfall une dizaine de fois ainsi que tous les Dali, Hooper et autres.

Rappels sur Ossip Zadkine, qui n’est pas pour être un des (de mes) artistes les plus à la mode : considéré comme un des grands sculpteurs du XXème siècle, son nom reste surtout associé au cubisme et à un fameux « Monument à la Ville Détruite » que l’on peut voir à Rotterdam.

Bon, au niveau de l’emplacement, ça passe : une sorte de petite maison avec un jardin cachée. On passe dans un autre monde dès la sympathique sculpture à l’entrée, une girouette fantaisiste. Et puis ils te servent du thé à l’accueil, on dit jamais non à la bouffe, ça ne pouvait pas mieux commencer. Les salles sont petites et les sculptures un peu tassées.

Après trois petites salles, on commence à se poser des questions : déjà, c’est relativement plat – rien qu’à voir les titres des oeuvres : deux « Buste de Femme », trois « Tête d’Homme »… Merde, le mec s’est pas trop foulé pour donner un titre à sa pierre, quoi. Ensuite, c’est plutôt mal disposé, trop éclairé, et puis tout se ressemble… Aucun relief, aucune émotion. La beauté des oeuvres vient surtout des matières employées : ébène, marbre… Au final, on est plus fasciné par les rainures du matériau que par le travail du sculpteur dessus. C’est vrai que c’est joli, ces petits détails sur le bois…

Dans ce premier bâtiment, donc, des sortes de tableaux cubistes (mal) reproduits en pierre. Pas mal de répétitions aussi, des statues qui se ressemblent énormément (pour ne pas dire : identiques). Ca fait un peu art déco, sans plus. On croise une « Forêt humaine » pompée sur Dali. Dans beaucoup d’oeuvres, les influences sont trop évidentes. Quelques projets architecturaux inachevés, également. Au détour d’un couloir, un « Coeur venteux » (juste à côté des toilettes), très beau. C’est à peu près la seule émergence du beau dans cette mare de fadeur.

De fait, les défauts se font voir : l’étiquetage est catastrophique, et franchement les commentaires ne rendent pas hommage à ce pauvre Ossip; ils en donnent même l’image de quelqu’un d’un peu à côté de ses pompes (une statue présentée comme hommage à Apollinaire date de 1948 !! soit 30 ans après la mort du poète !!). On finit par sortir dans le jardin pour trouver quelques moulages pas mal, plus sophistiqués et sûrement dans les influences d’un Tinguely par exemple. Pas beaucoup d’originalité cependant (enfin, peut-être cela a-t-il simplement vieilli). Et puis on ne peut pas s’empêcher de penser que le décor, les arbres, tout cela met en valeur la statue – oui, j’aurais tendance à apprécier d’avantage les formes inutiles lorsqu’elles sont sobrement présentées dans la nature…

Enfin, l’exposition se propose de nous faire rentrer dans l’atelier de l’artiste (attention les yeux !!) : alors là, c’est le festival : du réchauffé de cubisme datant des années 1980, à mis chemin entre de fades Picasso et des Modigliani. Il y a un « Bloc de granite Ebauché » (c’est le titre de « l’oeuvre », qui dit tout !).

On se dirige vers la sortie, en se disant qu’il y a bien peu d’oeuvres – on a mis 15 minutes à tout voir en prenant son temps et en buvant deux tasses de thé. Très peu de diversité dans les formats, aussi : une poignée de bas reliefs pour varier un peu, et puis c’est tout…  Bon, je l’avoue, j’ai vraiment eu l’impression de passer à côté de quelque chose en entendant des intellectuels russes clamer avec l’accent que c’était « magnifique », alors j’y suis retourné, et j’ai pris l’audioguide à 5€.

Attention, attention : visite du musée, « DEUXIEME ROUND ». Il est maintenant question de l’effervescence du quartier Montparnasse au début du XXème siècle, nous dit le guide (ah bon ?! parce que ça se voit pas du tout dans les oeuvres présentées…), de l’enfance en Russie de l’artiste… Toutes ces banalités sont racontées sur du Sati par une voix endormante. On apprend qu’il aimait sa femme. Qu’il affectionnait le bois. Des bruitages de scierie ou de ciseaux à pierre viennent compléter le tableau. Des BRUITAGES DE SCIERIE ! Ajoutez à cela d’atroces imitations de la voix de Zadkine; c’est navrant…

Bref, on découvre quand même des choses sur ses influences – en fait, c’est le seul intérêt de l’audioguide. Une petite anecdote amusante : ce brave Ossip laissait ses sculptures en bois dans son jardin se faire abîmer par les insectes xylophages (ça montre la haute estime qu’il avait de son travail). La responsable de la collection parle de « stéréotomie » et cherche des détails dans les oeuvres présentées pour relever le niveau. On a droit encore des intermèdes à l’accordéon ou des interprétations kitschissimes du Sacre du Printemps. C’en est trop. On s’échappe en songeant que le mieux, c’était la girouette à l’entrée.

Peut-être révolutionnaires en leur temps, les oeuvres montrées n’ont, pour la plupart, plus aucun sens désormais. Elles sont tellement ancrées dans une temporalité, tellement limitées aux séries et aux mouvances de l’époque qu’elles nous apparaissent comme « clichées » – c’est un comble, puisque Zadkine était un précurseur du cubisme…

En fait, le problème est surtout que les statues exposées ne sont clairement pas ses meilleures, on pourrait presque parler de fonds de tiroirs. C’est d’autant plus dommage qu’en rentrant, on vérifie sur Google, et oui, Ossip Zadkine a vraiment été un artiste génial, il nous a livré des merveilles !! Alors quoi ? Le choix de montrer des oeuvres « hommages », des oeuvres « dédiées à » laisse planer l’image d’un artiste peu inspiré, fadasse. « J’ai tout fait, tout dit » déclare à un moment donné Zadkine dans l’audioguide. C’est sans doute vrai, mais ce pauvre musée ne lui fait pas honneur.

 

Gauthier Nabavian – 12/01/2013

Aucun commentaire

Laissez un commentaire