Concert // King Krule + Apes & Horses, @ Le Point FMR, Paris, octobre 2012

0 Posted by - 27 octobre 2012 - Pop

Avec son quai où il fait bon se poser l’été pour boire une ou deux bières face aux Afghans se baignant dans le canal St Martin, on aurait presque tendance à l’oublier mais le Point FMR est avant tout l’une des salles de concert parisienne où passe ce qu’il se fait de mieux en termes d’indie rock. Ce mois-ci, c’était au tour de King Krule d’y poser son flow. Aidé en première partie par les Parisiens d’Apes & Horses.

Les premières minutes du concert des parisiens laissent entrevoir de belles promesses. De l’introduction instrumentale à la première chanson, la basse bien lourde et le clavier planant, on se dit que ces gars là peuvent arriver à faire quelque chose de bien. Pourtant, la magie s’étiole, et petit à petit, on se prend à penser à autre chose. Pour les deux dernières chansons, la révolte pointe enfin son nez et, de nouveau, ça a de la gueule. Voilà un groupe qui gagnerait certainement à se lâcher pour n’être plus seulement décent. Vouloir chanter comme Ellery Roberts (WU LYF), c’est cool. Y mettre l’intensité requise ce serait mieux. Il faut parfois savoir se débarrasser d’une image « jolie » et lisse pour être plus passionnant.

Ne pas être joli, ça, King Krule sait parfaitement comment faire. Quand il débarque sur scène, trimbalant ses grands yeux d’adolescent perdu face à la foule, l’Anglais de 18 ans porte un pantalon trop grand et trop vieux pour lui. Avec son catogan et ses cheveux trop long, son bassiste a la gueule d’un pauvre fan de Tryo. Dur.

Pour ceux qui n’auraient pas trop suivis, King Krule c’est le nouveau blase d’un mec qui se faisait appeler auparavant Zoo Kid (mais qui s’appelle en vérité Archy Marshall) et qui, avec un nom aussi cool n’aurait jamais du prendre de pseudo ! Mais King Krule, c’est surtout une voix qui a vu trop de choses et vécu tant de vies. Une voix qui n’a rien à faire dans un corps si frêle. C’est le vestige de la grandeur anglaise, la gueule de bois d’une nation face à son propre déclin, sa propre agonie. Evidemment, ce concert n’est pas la claque que l’on était en droit d’espérer. Les chansons sont encore imparfaites, il arrive même qu’elles soient trop semblables les unes aux autre. Mais avec cette voix, chaque mot prend une telle intensité que l’on est accaparé par ce pauvre garçon roux, là sur scène. Et puis, des grandes chansons, il en a déjà, le con. Bleak Bake et son spleen mazouté, The Noose Of Jah City et sa fureur intérieure, sans oublier ce rif qui fout littéralement le vertige sur Getting Out Of Ribs forment déjà une assise balèze qui lui permet de voir venir tout en grandissant à son propre rythme. Car merde, à son âge, les Arctic Monkeys n’avaient pas encore sortie le moindre album, Morrissey devait encore attendre trois ans avant que Johnny Marr ne vienne le sauver de sa chambre afin de créer les Smiths.

Laissons-lui le temps, il serait si bête de le presser.

 

Cyril Camu – 27/10/2012

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