Interview // Reptile Youth

0 Posted by - 1 octobre 2014 - Pop

A l’occasion de leur (très énergique) concert à la Flèche d’Or le 22 septembre, nous avons rencontré les Reptile Youth, groupe rock originaire de Copenhague. C’était donc l’opportunité d’en apprendre un peu plus sur les sympathiques membres fondateurs Mads Damsgraad Kristiansen et Esben Volløe qui nous ont parlé de leur deuxième album Rivers that run for a sea that is gone, sorti en mars.

Vous avez sorti deux albums très intéressants et bien reçus par la critique. Malgré une percée sur le web, votre groupe reste méconnu du grand public. Alors pour commencer : qui sont les gars de Reptile Youth ?

Mads : Nous sommes deux gars. Au début, il y a quelques années, nous étions juste tous les deux avec un ordinateur lorsque nous jouions en live. Mais assez vite nous avons eu envie d’un groupe, de musiciens avec nous… donc c’est toujours nous qui faisons la musique mais dorénavant deux musiciens nous accompagnent en live, ça rend beaucoup mieux.
Esben : Oui, nous aimons mixer des sons électroniques avec des sons plus organiques et punks. Nous apprécions le fait que les parties très maîtrisées et les parties moins maîtrisées s’assemblent et s’articulent.

Et ce nom… Reptile Youth… ça signifie quoi pour vous?

E : Reptile Youth ça parle de la frustration d’être jeune et de ne pas encore savoir à quoi t’attendre, ne pas savoir où tu veux aller dans la vie… Ca parle du fait qu’on puisse parfois ne plus croire en ce monde et à la façon dont il évolue.

C’est un pen négatif, non ?

E : Non, parfois c’est très positif, parce que Reptile Youth c’est aussi l’idée de défier cette évolution. Et souvent, c’est une protestation, c’est un soulèvement.
M : Nous sommes un peu la première génération à connaître un aussi grand fossé entre l’enfance et l’âge adulte. Nos parents se demandaient vers 18 ans s’ils étaient vraiment adultes, ils se demandaient ce qu’ils allaient devenir. Et en un an ou deux ils étaient en couple, trouvaient un job, et tout se passait comme c’était censé se passer. Pour notre génération, nous passons bien plus d’années dans l’inconnu, et c’est tout autant nuisible que bénéfique…c’est une phase étrange. Par exemple, entre 15 et 25 ans, c’est une période bizarre parce qu’une partie de toi se sent très jeune et d’un autre côté tu sens aussi très vieux. Certains de tes amis ont des enfants alors que d’autres amis font encore la fête en permanence, donc je pense que c’est aussi ce que Reptile Youth représente en quelque sorte. C’est cet abîme dans lequel tu te trouves lorsque tu ne sais pas si tu as grandi ou pas. Sinon, c’est aussi juste beaucoup d’images que j’ai en tête auxquelles je peux m’identifier et qu’on peut relier à notre musique. Par exemple, lorsque je dis Reptile Youth, j’imagine des gens manifestant dans les rues de Paris, des jeunes. C’est ce que je vois. Ou un gars dans une chambre tapissée de posters en train d’écouter de la musique. C’est l’idée de connexion entre ces images et la musique.

Rivers that run for a sea that is gone, votre nouvel album, est plein d’énergie et donne toujours autant envie de danser que le premier, Reptile Youth. Mais il est un peu plus sombre, on peut parler d’un rock plus mature. Pourquoi cette évolution ? Ce changement était-­il un défi ?

E : Oui, assurément. Premièrement, nous avons décidé d’utiliser nos performances live en studio pour faire quelque chose de plus désordonné. Parce que le premier album était plutôt maîtrisé, nous voulions que notre deuxième album rende notre énergie live plus perceptible. Ensuite, contrairement à Reptile Youth, cette fois­‐ci nous voulions d’avantage une seule direction acoustique. Et je pense qu’on a vraiment réussi. Certaines personnes disent qu’il n’y a pas autant de hits mais je pense que c’est plus intéressant de l’écouter sur le long terme. D’autres disent qu’ils peuvent réellement entendre le lien entre le premier et le deuxième album, donc ça a vraiment été très intéressant de travailler dessus.

Aujourd’hui vous êtes cinq dans le groupe. De quelle manière cela a changé le processus de création?

E : Concernant la rédaction des chansons, cela n’a rien changé. C’est pour la partie enregistrement que ça a changé beaucoup de choses. Cette fois-­ci nous avons enregistré les bases en live : la basse, la guitare et la batterie. Nous avons retiré un certain pouvoir à l’ordinateur si on peut dire, parce que pour nos premiers enregistrements, lorsque nous étions que deux, c’était plutôt comme un gâteau à plusieurs couches : on rajoutait un peu plus de ceci, un peu plus de cela, un peu plus de guitare etc. Mais cette fois, nous avons vraiment décidé de ne pas utiliser d’ordinateur pour la première partie de l’enregistrement.

Quelles ont été vos influences musicales, personnelles et communes ?

E : Personnellement, j’ai des influences très électroniques. J’écoute de la techno depuis les années 90.
M : J’ai écouté des vieux groupes comme les Beatles, les Pink Floyd, Neil Young etc. Mais aussi beaucoup d’autres trucs. Ces derniers temps, j’écoute Dean Blunt, ou encore Damon Albarn, j’aime tout ce qu’il fait.
M&E : Pour nos influences communes, on peut citer des gars comme le LCD Soundsystem, Death from above 1979, Tame Impala, The Rapture, les Chemical Brothers, et Radiohead ! On aime vraiment Radiohead tous les deux.

Concernant la pochette de votre album et de vos singles, vous avez fait appel au photographe Roger Ballen. Il est connu pour ses portraits et pour avoir réalisé un clip pour Die Antwoord. Mads, tu as toi même qualifié son travail d’étrange, sombre et à la fois enfantin. Comment avez-­‐vous procédé au choix des photos ?

M: En fait, nous l’avions contacté pour lui dire qu’on aimait beaucoup son travail depuis longtemps, il est comme une sorte d’idole pour nous. Il nous a parlé de son exposition à Copenhague et nous a proposé de s’y rendre pour le rencontrer et pour voir si des photos convenaient pour notre album. Nous avons trouvé ces trois clichés qui représentent tous des enfants et nous avons pensé qu’ils correspondaient vraiment bien à notre musique, c’était une démarche plutôt personnelle. Je crois qu’il faut essayer de trouver quelque chose qui exprime ce que tu fais et je pense que ce que nous essayons de communiquer se reflète plutôt bien dans ces photos. Il y a un vrai lien entre son travail et nos chansons.

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© Roger Ballen

En parlant de démarche personnelle, votre chanson JJ a été créée pour un fan accro à l’héroïne…

M : J’ai décidé d’écrire cette chanson pour lui parce qu’il a commencé à m’envoyer des mails. Je ne sais pas comment, il a trouvé mon adresse quelque part et il m’a écrit. C’était vraiment bizarre, au début j’étais perplexe : il parlait de sa vie, de ce qu’il faisait etc. Puis j’ai réalisé qu’il écrivait sans vraiment réfléchir, qu’il tapait simplement ce qui lui passait par la tête. Alors, je lui ai promis que s’il tenait dix jours sans toucher à la drogue, je lui écrirais une chanson. Je voulais l’encourager, et il était enjoué, donc on a commencé à s’échanger des mails chaque jour durant cette période. Et il a tenu. C’est comme ça que j’ai écrit cette chanson.

Vous avez eu l’occasion de le rencontrer lors de votre tournée ?

M : Nous l’avons rencontré, mais en fait il n’a pas si bien réagi que ça ! Il a dit que c’était une bonne chanson mais qu’il préférait plutôt les autres.
E : Il était un peu comme un enfant. Il n’essayait pas d’être poli ou de faire bonne impression. J’aime ça, c’est cool

Vous êtes proches de vos fans alors ? Ils ont une influence sur votre musique ?

M : Ca dépend, mais si quelqu’un nous écrit on est toujours ouverts à la discussion. Mais je pense qu’il faut faire ce que tu aimes et ne pas te préoccuper de ce que les autres pensent et veulent. Une des raisons pour lesquelles ont a décidé de faire un son différent dans ce second album, c’est parce que nous le sentions comme ça. Et certains fans ont moins apprécié mais c’est le prix pour faire ce que tu aimes et je pense que ça en vaut le coup sur le long terme. Il faut plus se concentrer sur ce que tu ressens.

Des projets futurs ?

E : Pour l’instant on travaille sur différents projets en parallèle. On fait une tournée, et on a fait ce deuxième album, donc nous pensons faire un petit break et voir ce qu’il se passe. De mon côté, je prépare un album solo. Et toi tu fais quoi Mads ?
M : J’écris juste beeeaaaucoup de chansons. Parfois c’est juste agréable, et puis tu découvres plus tard quoi en faire. Je vais emménager à Los Angeles pendant trois mois, donc ça va être intéressant de voir comment ça va se passer.

 

Miangaly – 29/09/2014

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