Musique // Four Tet’s Pink

0 Posted by - 11 octobre 2012 - Pop

Ils sont peu nombreux les artistes qui peuvent se vanter d’être cités comme influence par Thom Yorke. Être cité par le maître, jouer en première partie de Radiohead, partager des maxis, ça en a de la gueule. Et ça, c’est la dure réalité de Kieran Hebden, principalement connu sous le nom de Four Tet. Innovateur discret au pays où les groupes sont si rapidement consommés puis oubliés, le londonien, qui a dernièrement sorti son nouvel album, Pink, a fait tranquillement sa place, affichant petit à petit un CV quand même bien bandant : des remixes pour Aphex Twin ou encore Bloc Party, des collaborations avec Burial, Caribou et Jamie XX. Né en 1978, Hebden a connu la musique au début des années 1990, entre l’ampleur du post-rock, avec son premier groupe Fridge, et la spontanéité de la Jungle. De ces deux styles, qui n’ont pas les liens les plus étroits, Hebden tire directement la musique de Four Tet : la dance music. De celle avec une âme, à la beauté fulgurante, qui parle moins aux jambes qu’elle ne parle au cœur. Ses influences sont plutôt à chercher du côté du jazz que de la techno des stades et des supermarchés. Pourtant sur son précédent album, déjà, on sentait que Kieran Hebden s’ouvrait à des influences plus club lorgnant vers le dubstep, qu’il a sans aucun doute contribué à faire émerger. Pink est bien plus un exercice de style, une récréation. C’est un album qui commence par décevoir. Pour son premier opus écrit pour les pistes de danses, l’auteur semble ne pas savoir débuter. Le titre Locked ouvre le bal, et si les cliquetis et les petites notes en suspensions qui font toute la singularité du style de Four Tet sont bien là, son écriture est balbutiante et ne parvient pas à être pleinement convaincante. On peut déjà voir dans cette rythmique tribale toutes ses bonnes intentions, mais ce premier morceau passe à coté de son sujet : placé en générique de fin il serait tellement plus à sa place. Plus inquiétant : Lion. Sur ses 9 minutes, il ne se passe rien durant les 7 premières. C’est chiant, c’est long, surtout que, sur la fin, on retrouve in extremis le Four Tet que l’on aime tant, celui capable de composer si facilement de véritables moments de bravoure à partir de presque rien.

En réalité, cet album met 15 minutes à démarrer. Pourtant, ce quart d’heure d’ennui est vite oublié dès que commence Jupiters et son introduction belle à chialer. Tirant le meilleur de la techno minimale, il en explose tout les carcans pour s’élever au dessus de l’hédonisme bêta que l’on attribut souvent à cette musique. A côté de ce véritable coup de force, Ocoras tient bien plus à l’anecdotique. Encore que ce morceau possède un charme certain, celui-ci passant moins par le plaisir contemplatif que par la volonté assumée de faire dans l’entertainment. 128 Harps et son beat à la prise de risque maximum ne met que quelques secondes pour nous convaincre. Les arrangements, musicalement enivrant, s’occupent de captiver l’auditeur là où bon nombre de beatmakers, bien contents de cette rythmique, l’aurait utilisée seule jusqu’à épuisement. Au contraire, Hebden lui donne de l’ampleur et du volume. Pyramid est sans doute le morceau le plus ludique de l’album. Extrêmement efficace de part son combo kick + clap, il est plus complexe qu’il semble bien vouloir le faire croire et tire toute sa grandeur de ses changements de rythmes successifs. Après le morceau le plus accessible de l’album, Kieran Hebden choisit très astucieusement de placer Peace For Earth, long titre de plus de 11 minutes, en deux parties et sans percussions. La première partie et sa capiteuse complainte de petits bips et cliquetis en tout genres prouve que Four Tet n’a pas son pareil quand il s’agit de faire pleurer les machines. La deuxième convie le Kraftwerk de Computer World ou The Man Machine dans une grande transe. Enfin, Pinnacles vient clore l’album en rappelant l’étendu des influences de Kieran Hedben dans une course jazz-pop effrénée. Et puis ces dernières secondes majuscules : Fuck Yeah !

PS : Pink est déjà sorti en digital mais aucun disquaire (Fnac comme indé) n’a été foutu de me trouver une date de sortie physique. Putain!

 

Cyril Camu – 10/10/2012

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