Expo // Edward Hopper au Grand Palais, à partir du 8 octobre

0 Posted by - 5 octobre 2012 - Art

On a tous déjà vu cette toile comme tout à chacun le Titanic. Nighthawks.

Son auteur, Hopper, peintre new-yorkais et symbole de naturalisme des XIXe et XXe siècles, peignait la vie quotidienne de la middle-class américaine. Alors passer d’un rectangle de couleurs pastel sur une affiche de métro ou un bout d’écran d’ordi à déambuler dans le Grand Palais entouré des tableaux d’Edward Hopper, ça doit faire une différence.

Comme depuis la piaule d’une grande chaine d’hôtel dans un building de verre anonyme, vous promenez votre regard sur la ville. Les tableaux sont autant de point de vue sur la Grandville, ce chef d’œuvre de la modernité qui fascinait les peintres futuristes avec ses enseignes lumineuses, ses engrenages, sa vitesse, son bruit… Ils sont une sollicitation de tous les instants. Les sens sont simultanément stimulés par l’ardeur citadine. Le rythme effréné des machines marche sans discontinu ; les cheminées crachent une fumée grasse et opaque sur le ciel, d’ailleurs caché par les buildings ; des trottoirs et des bars montent l’impersonnelle rumeur de la ville ; seuls la crasse et le macadam s’épanchent et l’habitant, esseulé, se tait.

D’un objet de fascination, la modernité devient sans âme, silencieuse, chez Hopper. Le pinceau calfeutre la couleur, peinture résolument muette où le rouge et le jaune  ne sont plus porteurs de l’agitation sensorielle comme chez les futuristes. Rien ne bouge. Aucun bruit. Paradoxe saisissant pour un New-Yorkais habitué au tumulte. De cette absence de mouvement, émerge une atmosphère particulière, dérangeante : c’est trop calme. Ça en devient morbide. Les grandes surfaces remplies de couleurs pastel n’arrangent rien. Les murs, les sols, les vitres… tout est vaste. Au milieu, juste une silhouette, jamais de visage.

Pourtant quand on regarde par ces fenêtres urbaines on a l’impression de regarder un album photo avec les portraits de toute une famille : le citadin. Alors, nouveau paradoxe, des portraits sans visages ? Comme dans un photo-reportage, Hopper présente un cadre de vie, peinture d’atmosphère. On sent un désir sexuel en latence, un désir inassouvi induit pas le cadre et les sujets. Dans leur position nonchalante, indolente, ils évoquent une attente, un manque. En fait, ils semblent tous plongés dans une profonde solitude. Paradoxe d’une société de la communication dans laquelle l’homme se retrouve confronté à lui-même…

Courrez contempler ces portraits impersonnels avec des boules quiès pour ne pas entendre les commentaires des visiteurs. Ou alors un casque sur les oreilles jouant Chet Baker, ou Monk’s Mood avec John Coltrane au saxo et Thelenious Monk au piano. Ou bien soyez anachroniques, mettez un truc bien froid et métallique comme Atmosphere de Joy Division.  Appréciez cette morne beauté.

 

Axel Setzo’o – 03/10/12

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