Cinéma // « Mad Max : Fury Road », ou le paradis des fous

1 Posted by - 22 mai 2015 - Pop

Un pilote solitaire, hanté par un passé funeste, parcourt les immensités désespérées d’un monde post-apocalyptique où « seuls les fous survivent » ! Dans Mad Max : Fury Road, Tom Hardy donne une seconde jeunesse au road warrior créé par George Miller et incarné par Mel Gipson dans la trilogie initiée en 1979…

Les éléments qui ont fait le succès de la première franchise ont été conservés : le légendaire blouson à épaulette, les bolides infernaux qui pourfendent le désert, beaucoup de bruit, de fureur et de poussière… Mais le personnage de Mad Max a été totalement repensé ! S’il conserve l’opacité et le caractère taciturne qu’on lui connaissait déjà, le jeu de Tom Hardy permet de lui apporter une fragilité nouvelle. Il est vrai que l’acteur, de Lawless à The Drop, est toujours convaincant dans les rôles de gros nounours près à en découdre. Le personnage de l’Impératrice Furiosa, incarné par Charlize Theron, apporte une dimension féministe à l’œuvre. Loin d’être le faire-valoir de Mad Max, Furiosa se révèle être son parfait double féminin ; en proie aux mêmes démons intérieurs que le héros et toute aussi prompte que lui à faire parler la poudre.

Dans un monde de cinglés où l’on vénère les moteurs V8 et où le moindre scarabée fait figure de festin, on devine que la vie des femmes n’est pas de tout repos. Dans l’univers de Mad Max, deux choix s’offrent à elles : satisfaire les pulsions libidinales des tyrans ou être des pondeuses d’enfants espérés « viables » (dans un monde où la misère et la dégénérescence a rendu les hommes difformes et laids). Furiosa proposera une autre voie… D’une main lourde et avant-gardiste, Mad Max dépeint un monde moyenâgeux où la force brute domine, où l’on chasse l’homme pour son hémoglobine et où le corps de la femme est consciencieusement mis sous clef.
Seule chance pour cette humanité brisée d’échapper à sa propre condition ; une fuite en avant survoltée à travers le néant ! Sectes de cannibales et gangs de motards s’affrontent pour de l’essence, de l’eau ou des munitions. Un pitch que les esprits étroits laisseraient aux geeks boutonneux au premier abord, mais qui laisse place à une explosion visuelle parfaitement maîtrisée : peu de dialogues mais beaucoup de grognements, de ronronnements et d’explosions ! C’est que 90 % de ce que le spectateur voit à l’écran à vraiment eu lieu, George Miller ayant choisi de tourner sans effets spéciaux numériques. Pas de scénario en amont du film mais un story-board de 3500 pages pour un road movie viscéral. L’enjeu pour le réalisateur était avant tout de composer une musique visuelle aux accents d’opéra rock.

Fury Road n’est pas un film d’action, c’est un pandémonium ! Sans compter le brio de certaines trouvailles visuelles : Mad Max en sirène de proue, les dents chromées des War-Boys ou encore des ceintures de chasteté très design !
Autre cocasserie ; la façon – parfois terrible, parfois émouvante – qu’ont les différents protagonistes de se bricoler une spiritualité. Quelques résidus de mythologie nordique par ci (les War-Boys du terrible Immortan Joe rêvent sans cesse de Valhalla), un brin de fanatisme kamikaze par là… Mad Max : Fury Road, comme beaucoup d’opéras futuristes, est avant tout une voie de la mort dans laquelle les personnages vont au devant d’un destin qu’ils savent implacable. Héros tragique par excellence, Nicolas Hoult est aussi drôle que touchant dans ce rôle de jeune War-Boy d’ores et déjà condamné. Véritable éloge de la folie furieuse, ode à la survie et à l’évasion, Mad Max : Fury Road est une bétonnière de 300 tonnes qui enterrera les anciens dogmes cinématographiques.

Seul bémol ; la folle chevauchée accuse une légère perte de vitesse dans les dernières minutes et on regrette que la confrontation finale avec Immortan Joe (Hugh Keays-Byrne) soit un peu bâclée ; mais cela semble davantage relever d’une gestion fantasque du budget (150 millions de dollars!) que d’un manque d’inspiration.

 

Charles Amenyah – 22/05/2015

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