Cinéma // Ai Weiwei, l’insoumis malpoli

0 Posted by - 3 décembre 2012 - Pop

Un bon gros doigt d’honneur, voilà ce qui t’invite à aller voir Never Sorry, voilà l’image qui t’introduit dans l’univers du plus célèbre artiste chinois, Ai Weiwei. Si tu as raté l’exposition qui a eu lieu il y a quelques mois au musée du Jeu de Paume, rien n’est perdu, et ce documentaire est même une occasion beaucoup plus vivante de découvrir un artiste qui déborde de vie et de soif de liberté. Never Sorry a le chic d’être choc, à l’image de cet artiste provocateur qui fait des fucks à l’autorité.

Le documentaire commence calmement… La caméra frôle les hauts murs de l’atelier d’Ai Weiwei, murs qui le protègent ne serait-ce qu’un peu des caméras installées par le gouvernement chinois pour le surveiller. Des chats languissent dans le jardin, et à l’intérieur, l’atmosphère est studieuse, on travaille, on déjeune de soupes brûlantes, on discute. C’est un drôle de choix de commencer l’histoire d’un artiste très politique et virulent par une atmosphère aussi calme et douce. Mais bien évidemment, ça ne dure pas… On apprend vite pourquoi Ai Weiwei est si détesté des autorités : alors qu’il a conçu le stade où ont eu lieu les Jeux Olympiques de Pékin, il a beaucoup critiqué leur organisation sur le mode « poussière sous le tapis ». Ce n’est qu’un épisode parmi d’autres d’insoumission à un pouvoir envahissant et présomptueux. La légèreté et la drôlerie d’Ai Weiwei tiennent en quelques photographies à doigts d’honneur et … en des dizaines et des dizaines de tweets.

Oui, maintenant l’art squatte Twitter, des poètes s’amusent à faire des mini-poèmes de 140 signes sur le réseau social et l’artiste anglais David Hockney fait des peintures sur iPad… On le sait, l’art contemporain embrasse internet sans honte. Mais Ai Weiwei n’a pas qu’une visée esthétique, ce qu’il recherche sur internet ce n’est pas une contrainte numérique nouvelle comme champ d’expérimentations (blablabla) ; non lui, il cherche tout simplement à être VU. Comme toi, comme moi, quand on traîne sur Facebook. Sauf qu’évidemment, @AIWW est légèrement au dessus de nos préoccupations type photos de soirées et events à partager. Et c’est ça que le documentaire Never Sorry montre bien : chaque tweet correspond à un événement de la vie d’Ai Weiwei, souvent à ce que nous nous appellerions des « scandales », face à une liberté de pensée et de s’exprimer totalement absente de la DEUXIEME puissance économique mondiale. L’événement qui a marqué la vie de l’artiste est le suivant : après un diner entre amis très très surveillé par la police, Ai Weiwei et ses potes sont rentrés à l’hôtel, tranquilles. Seulement, ces libres penseurs détestés ont vu leur soirée gâchée par la visite surprise des policiers dans leur chambre. Un flic dérape et frappe Ai Weiwei à la tête… Hop, @aww prend une photo où on le voit dans le miroir, des flics derrière lui, juste après avoir pris le coup. « Il faut que les gens sachent » répète-t-il à de nombreuses occasions. Une des photos twittées qui suiveront est celle d’Ai Weiwei sur un lit d’hôpital, un sac de sang bien en évidence, immobilisé par une connerie de policier.

En plus d’être un activiste, Ai Weiwei est un artiste à la sensibilité remarquable, comme le montre très bien sa très émouvante œuvre monumentale Sunflower seeds qui avait envahi le rez-de-chaussée de la Tate à Londres en 2011. Le sol était recouvert de milliers de millions de graines de tournesol, formant une pelouse confortable où on pouvait s’asseoir librement. Le truc, c’est que chaque graine n’était pas naturelle, mais en porcelaine, façonnée et peinte à la main par des ouvriers chinois. Ainsi, chaque « made in China » était unique… Tant de délicatesse, tant de fragilité, chez un artiste qui voit ses amis les plus intelligents partir en prison pour s’être exprimé librement.

La fin est tragique. Sans rien te dévoiler des dizaines d’œuvres faites de courage et d’espoir dont parle Never Sorry, Hey Jack ! ne peut que t’inviter à aller voir ce film sur un artiste qui n’en a rien à faire des obligations et des conventions, et sur qui les autorités chinoises ne cessent de taper ; mais il ne renoncera pas.

NEVER SORRY, un documentaire d’Alison Klayman, sortie en salle le 5 décembre 2012.

Maïlys Celeux-Lanval

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